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 Lacets défaits

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omega
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MessageSujet: Lacets défaits  Mer 14 Aoû - 13:31

Lacets défaits


La voiture traverse les avenues de Londres, perçant cette foule de badauds à une allure raisonnable. Le conducteur se grille une cigarette. Ouvrant la fenêtre, il se libère de l’atmosphère oppressante de l’habitacle tout en réajustant le rétro. La pluie s’écoule à travers le pare-brise, transformant les piétons en silhouettes vagues, variées, en chimères fantastiques. Il stoppe sa voiture devant les banderoles jaunâtres qu’ont installé les flics avant lui, et il sort de sa voiture. Mine patibulaire, teint blafard, regard perdu, cheveux ébouriffés et cravate mal nouée… Il a tout l’air du type antipathique. Le bleu se ramène, le petit nouveau de la section, et lui offre un café en lançant :
-Quel temps de chien !
-Bienvenue à Londres, alors ça donne quoi ?
Il claque sa portière avant de passer sous la banderole. Un autre agent sur place, qui contient la foule, se rapproche alors du duo, et notre homme brandit presque machinalement sa plaque. Sans rien dire, ils avancent vers la scène du crime.
-Un meurtre, pour en dire peu.
-En dire peu ?
-Ouais, le gars qui a fait ça était un malade.
-Explique.
-On a dû appeler tous les membres de la morgue pour ramasser le cadavre.
- « Le » cadavre ?
-Ouais. Je crois que c’est un homme, blanc, vers la trentaine.
-Son corps a été déformé ?
-Non. Découpé.
Le café est mal passé. L'inspecteur a l’impression qu’il allait retrouver un bout de cadavre dedans, c’est juste de la paranoïa de sa part, mais cela lui a coupé l’envie de boire et de manger.
-Qui l’a trouvé ?
-Bonne question !
S’apercevant que son supérieur attend une réponse concluante, le bleu lance en haussant les épaules :
-On a reçu un appel anonyme.
-Le tueur ?
-Peut-être. On ne le sait pas vraiment. En tout cas, voilà le travail de cette ordure…
La ruelle qu’ils ont emprunté jusque là débouche sur un parking entouré de lotissements...Quelle est la chose la plus dramatique, le fait que son café soit froid, ou le fait que cet endroit soit repeint de sang ? Les murs, le sol... Des morceaux de corps partout. L'horreur, en somme.
-ça m'a l'air bien dégoûtant, lance notre homme, alors que le bleu se retient de déglutir son dîner.
En regardant de près l'un des bouts de corps, notre nouvel arrivant lance :
-C'est un monstre ou une bestiole qui a dû faire ça...
-Regardez au centre de la scène...déclare le bleu, en pointant du doigt le groupe de photographes de la PJ qui est sur le coup.
Des objets sont installés, côte à côte, par-terre. De gauche à droite, on a : un gâteau ; une pièce, un pendentif et un doigt... Le sang se mélange à la pluie et le ruisseau ensanglanté tombe dans les égouts...
-C'est quoi ces objets ?
-Bonne question. Je ne sais pas, soupire le bleu.
Une nana donne des ordres là-bas. Elle semble très autoritaire et assez pointilleuse. Ses cheveux blonds sont serrés dans un chignon strict. Ses lunettes à l'armature fine et ses yeux en amande d'un bleu des plus vifs la rendent vraiment belle, mais aussi sévère. Frottant le bout de son menton mal rasé, notre policier questionne le bleu sur l'identité de cette demoiselle. Il lâche « un profiler »..
-...On a vraiment besoin de ce type de nana ?...Je peux m'en passer.
-Si tu veux gueuler, il faudra se plaindre là-haut...Déclare le bleu en pointant le ciel avec son index.
-Oh quoi, le chef a encore merdé ? Siffle-t-il.
-Qui est l'inspecteur en chef ? Lance la femme à un flic, qui désigne notre homme du doigt.
-Super...Souffle-t-il.
Elle arrive d'un pas pressé et lui lance déjà une réflexion, avant même de se présenter.
-Vous êtes en retard, déclare-t-elle avec amertume.
-Enchanté, lance-t-il par-dessus ses propos.
Elle soupire, le bleu commence à s'éloigner, « l'air de rien », puis notre homme reprend plus sérieusement :
-Inspecteur Palmiery. Et vous êtes.. ?
-Inspecteur Delawys, répond-elle en lui serrant la main.
Travailler avec quelqu'un comme elle ne va pas être de tout repos, mais au moins ils seront obligés de bosser à coup de pompe dans le derrière.
Ça a peut-être du bon au fond..Mais j'ai beau chercher, je ne vois pas.
-Alors, vous avez découvert des choses ? Questionne-t-il en frottant toujours le bout de son menton.
-Comme tu le vois maintenant, le terme de « meurtre » n'est pas assez fort pour décrire l'intensité de la violence...
-Vu tout ce sang, j'ai l'impression qu'il y a bien plus que deux litres...
-Supposes-tu qu'il y aurait plus d'une victime ?
-Un corps humain est constitué d'environ cinq litres de sang. Là, le sang a repeint cet endroit, on pourrait supposer qu'il y a eu bien plus que la normale.
-Chef, venez voir ça ! Lance le bleu.
Accompagné de l'inspecteur Delawys, le duo se dirige vers des poubelles sanguinolentes... Le sang suinte de toutes parts. L'odeur de chair pique les narines, et ils se mettent à respirer par la bouche, sauf le bleu qui essaie de se protéger de cette odeur abominable... Pour l'inspecteur Palmiery, le réflexe de poser sa main sur la crosse de son pistolet calé au niveau de sa ceinture refait surface, et le fait de pencher sa tête lorsqu'il est intrigué ne fait pas exception à la règle. De la main gauche, l'inspecteur ordonne au bleu d'ouvrir la benne. Alors que celui-ci allait approcher sa main de la poignée afin d'ouvrir l'imposante poubelle, un bruit étouffé et macabre les saisit d'effroi. Comme un hurlement ultime. Un appel à l'aide. D'un seul mouvement, les policiers sortent leurs armes et braquent leurs canons sur ce container macabre... L'inspecteur ordonne une seconde fois au bleu d'ouvrir, mais celui-ci refuse, secouant sa tête énergiquement.. Soupirant intérieurement, Palmiery s'avance. Lorsque celui-ci ouvre la benne, l'odeur abominable le fouette de pleine face. Il tousse, puis regarde à l'intérieur. C'est difficile de distinguer la vie de la mort. Les cadavres entassés les uns sur les autres, les vers traînant par-ci par-là, et le sang projeté ça-et-là... L'image restera gravée au fer rouge dans la mémoire de notre homme. Car, au milieu de tout cela, une jeune fille est allongée au centre, en position fœtale, tâchée de sang, pleurant...
-Delawys, appelle les ambulances. Maintenant !
Sortant la jeune fille, la tenant dans ses bras, la serrant fort contre son corps en lui chuchotant sans cesse « tout va bien aller », Palmiery sort de la scène de crime et aide la fille à s'adosser contre un muret, en la recouvrant de son trench-coat. La pluie recouvre les larmes de la victime, ses cernes sont profondes, marquées. Laissant place aux ambulanciers, Palmiery récupère son gobelet avant de boire une gorgée de café... Puis jette le reste dans la poubelle. Trop froid. Mains dans les poches, l'inspecteur observe les médecins pratiquer les premiers secours sur la jeune fille qui semble pourtant indemne.
-Delawys, on sait qui est cette gamine ?
-Non. Le maire va venir, accompagné par le proc'.
-Super, soupire-t-il en sortant une cigarette.
En grillant l'embout de celle-ci, des volutes s'élèvent vers les cieux tandis que les flashs incessants des appareils photos ne cessent de croître à l'arrivée des « VIP »... Les journalistes haussent la voix, chacun recouvrant la voix de l'autre, jusqu'à ne donner qu'un brouhaha des plus déplaisant. Des portières claquent, il reconnaît de suite le procureur, qui fronce les sourcils en le voyant.
-Inspecteur..
-Procureur...
Les deux hommes se serrent la main. S'il y a bien une chose que notre homme déteste, c'est bien de se battre contre son propre frère.
-Je te présente le maire de Londres, je suppose que tu le connais.
-Monsieur.
Palmiery serre la main à cet homme grand, costaud, les traits marqués par la fatigue.
Hé oui, être un gratte-papier et rester devant son ordi à longueur de journée, c'est... ''fatiguant''...
-Alors, qu'est ce qu'on a ?
-Un meurtre, pour en dire peu.
Le bleu sourit en entendant cela.
-en dire peu ? questionne le maire.
-Un massacre, pour être franc.
-D'accord, lance le maire en songeant à son prochain discours.
Il quitte le groupe et se dirige vers les journalistes, pour lancer :
-Londres est une ville où il fait bon vivre. Mais notre hameau paisible a été brisé par un fou, qui a tué des confrères et des consœurs... Je promets à la population londonienne de retrouver l'auteur de ces meurtres, et de le mettre sous les barreaux. Que justice soit faite !
Après son speech, il retourne au chaud dans sa limousine avant de partir.
-Il se fout de nous ? Il n'est même pas allé voir la scène de crime ! S'écrie l'inspecteur.
-Ce n'est pas la peine, tu voudrais qu'il serve à quoi là-dedans ? Questionne le procureur.
J'ai oublié, mon frère est un lèche botte...
-Non rien, laisse tomber. Qu'est ce que tu fais là ?
-Je m'occupe de cette affaire. Je récolte les indices.. La routine, quoi.
-T'auras de quoi récupérer des indices alors, lance l'inspecteur Palmiery en repensant à tous ces morceaux de corps.
Jetant son mégot, il retourne sur la scène du crime avant d'aller voir Delawys qui examine les objets disposés au centre.
-Alors, du nouveau ?
-Depuis la découverte de ces cadavres, je suis certaine que ces objets ont un rapport avec tout cela... Un gâteau, une pièce, un pendentif et un doigt...Peut-être avec la bible ?
-La bible ?
-Oui..Un gâteau pour la gourmandise, une pièce pour l'avarice...
-et le pendentif ? Et le doigt ?
-Le vol et le meurtre ?
-Le vol, un pendentif ? C'est vrai que c'est un objet couramment volé... Quel rapport peut-il y avoir avec la Bible ?
-On le saura sûrement en temps et en heure.
La religion a pour but de réunir.. Pourtant, mis à part des guerres et des massacres, je n'arrive pas à voir l'effet bénéfique de la chose...
Il n'y a plus rien à faire ici. Jugeant utile de rejoindre son lit, l'inspecteur Palmiery quitte la scène de crime afin de rejoindre son véhicule, saluant de loin ses collègues.
La nuit laisse place à la clarté de l'astre lumineux, le halo artificiel se transforme en halo naturel. La pluie cesse et le vent frais caresse le visage fermé de Palmiery qui, regard morne, teint plus blême que jamais, rejoint le commissariat. Un réveil tout en douceur lui aurait évité d'être de mauvais poil.
Je déteste me lever à huit heures.
Entrant à peine dans le bâtiment, il est immédiatement accueilli par le bleu qui lui donne son café habituel. L'inspecteur grogne en voyant la tonne de paperasses sur son bureau. Récupérant le gobelet chaud, il le pose sur le bureau usé par le temps, s'affale sur la chaise en cuir et s'adresse au bleu :
-On en est où avec la gamine?
-Elle s'est réveillée. On sait une chose.
-Ah? Et quoi? Questionne l'inspecteur en buvant son café.
-Elle est amnésique.
Le café passe de travers, à sa mauvaise humeur s'ajoute la frustration.
-Génial. Ça va nous aider ça.
Je peux dire adieu à une quelconque promotion cette année...
-Et ses affaires personnelles? Lance en fin de compte Palmiery.
-Il y a juste son pendentif avec une croix, et un mot sur un bout de papier, écrit avec du sang.
-C'est...Super...Glauque. Qu'est ce qui est écrit ?
-« La Mort rattrape ceux qui la fuient »...
-...Alors là, je ne comprends pas. Quelle est le rapport entre la Bible, ce massacre et ce mot ? Est-ce une justification ?
-Une justification? Déjà qu'un meurtre ne peut être justifié, mais alors un massacre...
Allumant sa cigarette tout en étant conscient de l'interdiction de fumer en lieu public, notre inspecteur observe encore les photos des cadavres et des objets posés côte à côte... Le bleu, lui, ouvre la fenêtre pour que ces volutes puissent trouver une sortie.
Le boss veut absolument que je m'occupe de cette affaire... Y'a plus moyen de rester pénard chez soi... Mon lit me manque déjà.
Soufflant la fumée nocive, il repense au pendentif de la jeune fille... Une croix... La Bible... Soudain une idée émerge de son crâne embrumé.
Non, non, ce ne peut pas être elle... Elle est trop jeune. Mais pour l'instant, il n'y a personne d'autre.
-Hé, Marco, ça te dirait d'aller boire un coup au bar du coin? Ça fait trois heures que je suis plongé dans cette affaire.
-Désolé, je ne peux pas.
-Pourquoi pas?
-Je suis raide ce mois-ci.
-J'ai de l'argent.
-J'arrive.
L'affaire peu banale devient une affaire d'état. On en parle à la télévision. La plus petite chose est reprise aux infos. Il paraît même qu'ils ont trouvé un suspect grâce à leur « spécialiste », sans aucun indice ni rien. Ils sont forts. Aussi il ont eu droit à des sondages de toutes sortes, et les présentateurs parlent rapidement de l'actualité internationale, avant de revenir sur ces meurtres de la « fameuse affaire » du tueur londonien, et tout cela sur une musique dramatique. Terminant sa choppe de bière tout en voyant du coin de l’œil la télévision, il lance au bleu :
-Alors, tu en penses quoi de cette affaire ?
-Franchement...Je ne sais pas. Il y a tellement de zones d'ombres...
-On a réussi à découvrir l'identité des victimes. On a fait des recherches, mais rien. Ils n'ont aucun rapport entre eux, et aucun motif pour le meurtre, ajoute Palmiery.
-Pas de raison de les tuer... Si maintenant on ne peux pas sortir de chez soi sans se faire assassiner, qu'est ce qu'on est supposé faire ? Soupire le bleu.
Le portable sonne. Leurs regards se croisent, Marco cherche son téléphone dans sa poche. Il reconnaît la voix de Delawys de l'autre côté du fil.
-Marco ? J'ai du nouveau. Déjà, on a retrouvé l'arme du crime. Une machette a été retrouvé dans la benne où l'on a découvert la gamine. On a aussi fait un bilan de la scène de crime. Éclaboussures de sang, morceaux de corps, indices... Tout porte à croire que c'est l'arme blanche retrouvée qui a provoqué cela.
-On a trouvé autre chose ? Questionne-t-il.
-Au niveau des corps ? Non. Ils ne semblaient pas se défendre, aucune contraction musculaire pourrait prouver ceci... à part les morceaux découpés, il n'y a rien d'autre. Pas d'ecchymoses ni de traumatismes...
-Les victimes connaissaient le meurtrier ? Si tel est le cas, alors la gamine que l'on a retrouvé sur la scène de crime pourrait nous donner de précieuses informations.
-Justement...coupe Delawys.
-Qu'est ce qu'il y a ?
-On a analysé les tâches de sang sur la fille... Il y a des éclaboussures partout sur ses habits. Mais aussi... des morceaux de corps des victimes et beaucoup, beaucoup de sang au niveau des avant-bras.
-Qu'est ce que tu insinues ?
-Il suffit d'avoir un peu de déduction : la machette, l'arme du crime, est utilisée par un meurtrier. La lame n'est pas longue, une cinquantaine de centimètres tout au plus. En découpant un corps, des projections de sang se forment, les avant-bras du meurtrier sont alors couverts de liquide sanguin, logique.
-Il y a un proverbe français qui dit « l'habit ne fait pas le moine ». Penses-tu qu'une gamine aussi fragile et aussi petite puisse faire un tel carnage ? Questionne l'inspecteur tout en sentant l'alcool lui monter à la tête...
-Tout est possible. Démence, paranoïa.. L'adolescence est connue pour subir de tels traumatismes... Il se peut que ce soit plus grave pour elle...
-Est-ce que tu l'accuserais ?
-Je ne suis pas la seule. Le procureur commence à créer un dossier contre elle. De plus, le maire s'impatiente.
-Pas de chance pour elle...souffle l'inspecteur.
-Je te rappelle si j'ai plus d'infos.
Raccrochant, l'inspecteur raconte tout au bleu, qui avale de travers l'alcool.
-Mais c'est une enfant ! Ils ne peuvent pas faire ça !
-Les lions sont affamés... Viens, il faut préparer un dossier si tu veux démontrer aux autres que ce n'est pas elle, l'accusée. Mais je ne te promets rien en ce qui concerne le résultat...
-Qu'est ce que tu penses de tout ça ?
Se relevant difficilement, le corps à l'équilibre fragile, Marco ouvre la porte, sentant l'air frais lui caresser le visage, et lance en rigolant :
-Le monde est fou, mon ami !
Quatre jours sont passés depuis le massacre. Quatre jours où notre homme se noyait dans sa propre paperasse et dans ses multiples tasses de café...Et environ trois heures depuis son dernier appel. Un appel qui bouleversa notre inspecteur. Est-ce possible? Elle? Une tueuse? La population amassée devant le tribunal montre l'intérêt du public face à cette partie d'échecs. Est-il vrai que la jeune fille soit accusée d'un tel acte? La populace grogne dans le dos de l'inspecteur, et celui-ci pénètre dans le temple de la justice. Dans la salle, la partie civile, où les hommes et les femmes discutent entre eux. Quelques fois ils sourient, quelques fois ils échangent des mots... De l'autre, la partie défenderesse, où un petit homme en chemise large et blanche semble être l'avocat. La chaleur est presque insoutenable. La lumière crue des lustres éclaire la scène, tandis que notre homme aperçoit le bleu et Delawys dans la partie des témoins. Le procureur est déjà là, il s'est installé bien avant l'arrivée de tous les autres. Il attend, se prépare, relit ses notes, esquisse des sourires par-ci par-là... Marco ne pensait pas qu'ils allaient juger aussi rapidement. L'appel de Delawys quelques jours plus tôt laissa notre inspecteur dubitatif, croyant qu'elle ne serait qu'une suspecte. Pourtant, voilà que ce matin, il reçoit un appel de son frère : la survivante va bel et bien subir un jugement pour meurtres.
Quelle chaleur...
Il s'assoit à côté de Delawys, attendant le début de la représentation. Il n'aura pas fallu attendre longtemps. Le silence s'installe dans la salle. Derrière des vitres blindées, trois policiers sortent. Derrière eux, la gamine, enchaînée et esclave de son propre sort. Elle n'ose pas regarder la partie civile. Atmosphère presque électrique. Température de la salle insoutenable. Les pièces sont posées. Une sonnerie retentit, tout le monde se lève. Le Juge s'installe confortablement dans son siège en cuir. Un cameraman, grand, habillé de noir, cheveux long et mal rasé, déclenche alors sa grande caméra, et filme intégralement le débat opposant les fous aux chevaliers... Ces pions vont se mettre à bouger, à se battre...
-Bien, commençons. Le procureur Palmiery va tout d'abord rappeler les faits.
-Oui Monsieur le Juge. Le poste de police de Mainsquare a reçu un appel anonyme il y a quatre jours. Apparemment, quelqu'un aurait découvert_ou tué, on ne le sait pas encore_une personne et prévenu les services de police. Nous avons dépêché des unités sur place, qui ont pu découvrir une scène de crime peu banale. Le terme de « massacre » ou de « barbarie » serait plus approprié. L'inspecteur en chef, ici présent (il montre du doigt l'inspecteur Palmiery) a découvert à l'aide de ses deux coéquipiers un charnier dans une benne à ordure. Nous comptons huit personnes dans la benne, et la neuvième victime, découpée en morceaux, a été retrouvée en dehors de la benne. Tout cela n'a été orchestré que par la dixième « victime », ici présente. L'horreur et la désolation des familles des victimes ont eu de sévères répercussions chez nos concitoyens... Comment peuvent-ils vivre dans un endroit où la folie, représentée par ce démon vicieux, massacre de braves citoyens qui n'avaient pourtant rien demandé?
-Je suis d'accord, marmonne le juge, à mon avis ces violences ont été commises par un fou, que dis-je, un déséquilibré !
L'avocat desserre sa cravate, essuie ses quelques gouttes de sueur sur son front avant de tapoter ses doigts sur la table. La lumière scintille trop, Marco fronce les sourcils pour voir la gamine, se rongeant les ongles. Il s'imagine, le temps d'un instant, à la place de l'accusée : tous les regards tournés vers elle mélangeant haine, dégoût et mépris. La chaleur suffocante, elle reste debout malgré ses genoux qui tremblent, et derrière ces deux grands hommes, musclés, retenant celle-ci par les chaînes pour se parer d'un quelconque coup bas... Et ces hommes qui débattent de son avenir, sans vraiment comprendre le pouvoir qu'ils ont entre leurs mains... Comme un enfant jouant avec une fourmilière...Cette mélodie continue, ces notes jouées par ce procureur souriant, fier de son orchestre, grimpe en intensité... Adagio. Le procureur relate les faits, répétant sans cesse que ce meurtre est un massacre d'envergure, que cela pourrait marquer la première phase d'un plan diabolique perpétré par un démon. Allegro. Phrases concises. Accusations répétées. Désir unanime. Enfin.. Presque. Voilà la fausse note. Un homme se lève du banc des témoins, et hurle en pointant du doigt la gamine :
-Ce n'est pas possible ! Depuis quand une gamine serait capable d'un tel acte ! Hurle cet homme qui n'est rien d'autre que le bleu.
-Je vous prie de vous calmer, où je vous fait évacuer ! Hurle le juge.
-Non, non, sa remarque est très intéressante, lance le procureur en dessinant un sinistre rictus, continuez je vous prie.
Le bleu s'avance vers la barre. Il avale sa salive bruyamment, sentent tous les regards peser sur lui.
-Imaginez, neuf victimes ! Comment une jeune fille pourrait tuer autant de personnes ? Comment elle aurait porté les huit personnes dans la benne ? Et pourquoi elle s'y serait cachée si elle savait qu'on allait venir ? Avez-vous une once de preuve ?!
-Hé bien oui mon cher. Toutes les preuves sont là... lance le procureur en désignant du doigt un dossier cachant une pile de feuilles blanches et neuves.
Le bleu reste bouche bée. Que doit-il dire s'il y a autant de preuves contre elle ?
-Huissier, accompagnez cet homme dehors. Si la Défense n'a que des arguments vaines face aux accusations, qu'elle se taise alors ! Dis le Juge en frappant du poing la table.
-Ce n'est pas de ma faute, lance l'avocat, laissez-moi faire mon travail, jeune homme !
Le bleu se fait évacuer de la salle en silence. Tout est dans le regard du public. Un regard noir, profond, sévère, si ce n'est pas de la haine. Le pion est tombé.
-Bien...Je propose que nous continuions cette affaire, et que l'on en finisse, lance le Juge, avez-vous des témoins à convoquer, Procureur ?
-Oui Monsieur. Mademoiselle Delawys ? Venez je vous prie.
La jeune demoiselle à la chevelure en or va à la barre. Indifférente à tout regard, toute attention, elle répond aux questions du procureur.
-Déclinez votre nom et votre prénom je vous prie.
-Delawys Elody.
-Quelle est votre profession ?
-Je suis inspectrice en charge de la reconnaissance et l'établissement des profils d'éventuels meurtriers en série et de prévenir les attentats.
-En gros, vous êtes un profiler, je me trompe ?
-Vous avez tout à fait raison.
-Qu'avez-vous découvert il y a quatre jours ? Questionne le Procureur.
-J'ai découvert une scène de crime peu banale. Le meurtrier a disposé des objets ayant un rapport avec la Bible. N'ayant aucun lien entre ces objets et les victimes, je suppose donc que le tueur a voulu montrer sa fierté d'être croyant.
-Nous avons donc affaire à un extrémiste religieux ?
-C'est fort probable.
-Avez-vous établi un lien concret entre l'accusée ici présente, et cette série de meurtres ?
-Un lien ? Oui, mais concret...
-Donc vous avez trouvé un lien. Faites-nous part de vos découvertes, lance le procureur.
-Lors de la découverte de la jeune fille, nous avons récupéré ses affaires personnelles. Parmi celles-ci, nous avons trouvé une chaîne avec une croix ce qui nous relie à ces faits religieux, à ces objets que nous avons retrouvé sur la scène du crime, et un mot avec une inscription ensanglanté.
-Qu'est ce qui est écrit ?
-La Mort rattrape ceux qui la fuient.
-D'après vous, que signifie ce mot ?
-C'est sûrement une justification de ces meurtres.
-Des meurtres justifiés ?
-Les meurtriers en série ont toujours un but à atteindre, qui leur sert de raison d'être...
-Donc, ce mot et cette croix sont les affaires personnelles de cette accusée. Tout porte donc à croire que cette jeune demoiselle est belle et bien celle qui a provoqué ces neuf meurtres.
Une certain remous naît dans le public. Un coup de théâtre.
-Taisez-vous ou je fais évacuer la salle ! Hurle le Juge.
Le silence redevient maître. Personne ne veut rater le fin mot de l'histoire. Le procureur pose une dernière question à la jeune inspectrice.
-Avez-vous quelque chose à ajouter concernant cette affaire ? Concernant l'accusée ici-présente ?
-Non, je n'ai rien d'autre à ajouter, mise à part que le poids des mots n'ont pas de réelle valeur sans aucun certificat prouvant la chose...
-Bien mademoiselle. Vous pouvez quitter la barre, lance le Juge.
Le procureur se tourne alors vers son frère, lançant d'un ton sûr et d'un air hautain :
-Est-ce que l'inspecteur a quelque chose à ajouter?
C'est moi ou on me défie, là?
-Oui, en effet, j'ai quelques informations à vous faire part.
Notre homme va à la barre, essayant de bomber son torse tout en raclant sa gorge. Il repense aux faits depuis le début. Les regards pèsent sur lui. Le procureur demande son nom et son prénom. Posant sa main sur les barreaux, il lance :
-Palmiery Marco.
-Quel est votre métier?
-Je suis inspecteur, et j'ai été en charge de l'enquête du début jusqu'à maintenant.
-Avez-vous des choses à nous faire part concernant l'enquête?
-Oui. Déjà, l'appel. Vous dites que la gamine est responsable de ce meurtre, d'accord. Mais le temps passé entre l'appel et l'arrivée de la patrouille est de trois minutes. La cabine la plus proche est à un kilomètre. Le temps de retourner sur place, et d'aller dans la benne, il faut bien plus de temps que ces trois minutes. En d'autres termes, cette enfant a du croiser la patrouille. C'est certain.
-Ou alors elle a demandé à une personne d'appeler les secours, et elle en a profité pour se cacher.
-C'est insensé ! La personne qui a du appeler les policiers aurait du rester. On en aurait eu l'écho au commissariat, or ce n'est pas le cas.
-Qui aurait pu appeler alors? Questionne le Juge.
-Un adulte qui soit assez grand pour parcourir ce trajet rapidement.
Bingo.
Il y a eu un moment de silence. L'inspecteur a vu et profité de cet instant où le visage de son grand frère se décompose. Soudain, le procureur attaque de nouveau.
-Toutes les preuves se retournent contre l'accusée. Ce ne sont pas ces affirmations sans preuves tangibles qui pourront changer l'inévitable, inspecteur.
On ne lâche pas le morceau, hein?
-Il suffit d'avoir un brin de logique, procureur.
-Cela dit nous n'avons qu'un seul suspect dans cette affaire, et c'est l'accusée, ajoute le Juge.
-Et alors ? Cela ne veut rien dire.
-Cela dit nous avons quand même des faits qui accusent cette enfant. Tout porte à croire qu'elle a provoqué ces meurtres. N'avez-vous pas été au informé de ces tâches de sang retrouvées sur ses habits ? Du mot ? Qui vous dit qu'elle ne se sert pas de vous justement ? Questionne le procureur.
-Et pourquoi pas l'inverse ?
-Vous n'avez aucune preuve ! Lance le frère de l'inspecteur en appuyant bien sur ses derniers mots.
-C'est qu'une gamine, John ! S'écrie l'inspecteur
-Et alors ? La double personnalité, ça existe, Marco ! Répond le Procureur.
Moment de silence. Aucun remous. Le Juge brise de nouveau cette pause en disant :
-Donc...Nous avons une défense sans preuves. Juste des arguments. Est-ce tout ce que vous avez ? Un inspecteur défendant l'accusée alors qu'il ne la connait même pas ? Quelle ironie, une défense même pas capable de se défendre... Peut-être devriez-vous revoir la définition du mot « protection »...
-Inspecteur... Qu'avez-vous fait lors de l'enquête?
-Nous avons enquêté. Nous avons continué nos investigations.
-Inspecteur Palmiery... Votre expérience de policier vous a poussé à être ici, en notre compagnie. Votre devoir est d'agir avec neutralité. Pourtant, nous remarquons que vous prenez parti pour l'accusée. En plus de défendre, chose dont vous n'avez en aucun cas le droit, vos arguments sont infondés et sans justifications. Je pense que vous devriez revoir vos cours juridiques avant de vous frotter à la Justice !
L'inspecteur ne répond pas. Du coin de l'œil, il remarque le Maire de Londres, un léger sourire en coin. Soupirant, l'inspecteur comprend qu'il n'a plus rien à dire. Il quitte la barre, sous le « lynchage visuel » du public. Le fou est tombé.
-Est-ce que l'avocat a quelque chose à dire ? Quelque chose qui puisse être appuyé par des preuves ? Soutient le juge.
L'avocat secoue sa tête. Comme une partie d'échec. Il ne reste plus que le roi, et il est seul sur le plateau, face à tant de pions.
-Je n'ai rien à dire, Monsieur le Juge.
-Bien. Il est temps de délibérer, conclut alors le Juge.
Le silence est palpable. Les minutes sont longues. Personne n'a osé quitter la salle par peur de rater le dénouement final, sauf Marco. Il a fumé ses trois dernières cigarettes. Un quart d'heure. Le Juge revient, un brin las, et s'installe confortablement dans son siège en cuir noir.
-Le jugement est unanime...
Il y a eu un instant de silence qui a tenu en haleine tous le monde. L'apothéose du suspense... Et le paroxysme de la peur, concernant la gamine.
-L'accusée est condamnée à l'incarcération dans un hôpital psychiatrique jusqu'à nouvel ordre. L'établissement d'un profil psychologique et les soins adaptés lui seront prodigués.
Bon sang... Elle est amnésique... N'aurait-elle pas le droit à une seconde chance ?
La partie civile ne semble pas suivre ce raisonnement, et semble satisfaite de cet épilogue. Lorsque Marco est sorti du tribunal, une foule en liesse, fière de cette justice, n'attendait qu'une seule chose : vouloir hurler, cracher, lyncher cette accusée qui allait monter dans le fourgon de policiers. Marco croise le bleu qui s'en voulait de ne pas pouvoir faire plus pour cette gamine.
-Il ne faut pas t'en vouloir le bleu. C'est comme ça.
-« Les lions sont affamés », hein.. ?
-C'est exact. Trop de monde était intéressé par cette affaire. T'as fait du mieux que t'as pu, rassure l'inspecteur.
En fin de compte, elle est quand même condamnée à vie. Même si elle est « guérie », qui pourrait pardonner à un meurtrier en série... ?
Sous les huées, ces hommes et ces femmes vocifèrent en voyant la grappe de policiers entourer la gamine pour l'emmener... Le véhicule s'éloigne vers l'hôpital psychiatrique le plus proche. Cela marque définitivement la fin de la liberté pour elle.
-Que va-t-elle devenir ? Questionne le bleu.
-Je ne sais pas. On verra avec le temps.
Deux semaines se sont écoulées depuis l'incarcération de la jeune fille. Lorsque le bleu a appris la nouvelle, il s'est effondré. La gamine est morte. C'est ça, quand on ne surveille pas assez les effets personnels.
-Elle s'est pendue à l'aide de son lacet. On en parle tous le temps à la télévision. En fin de compte, on ne saura jamais qui elle était, ni ce qu'elle aurait pu bien faire...Soupire Marco qui, les pieds posés sur son bureau, tient le combiné du téléphone.
-C'est peut-être mieux pour elle. Elle n'aurait pas eu de seconde chance pour se réinsérer dans la société. Tous le monde l'aurait reconnu, dit Delawys qui est à l'autre bout du fil.
-Personne ne mérite la mort. Et encore moins de se la donner.
Marco respire profondément, et regarde les oiseaux gazouiller à travers sa fenêtre sale. Le vent souffle dehors. Il profite de cet instant pour griller une cigarette.
-Tu veux qu'on aille au bar du coin ? Propose la jeune femme, comme pour se changer les idées.
-Désolé, je ne peux pas. Je suis raide ce mois-ci.
-J'ai de l'argent.
-J'arrive de suite.
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MessageSujet: Re: Lacets défaits  Ven 16 Aoû - 13:19

Wouaah, j'adore, sa donne des frissons Smile
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MessageSujet: Re: Lacets défaits  Sam 17 Aoû - 10:56

Merci ^^
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MessageSujet: Re: Lacets défaits 

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Lacets défaits

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